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  • Soutiens au FdG de l’ESR

    Bruno CHAUDRET, Directeur de recherche au CNRS:

    Pourquoi je soutiens le Front de Gauche de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

     

    L ‘enseignement supérieur et la recherche ont été mis en avant dans les média comme étant la réussite du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Valérie Pécresse avait déclaré vouloir “remettre les universités au centre du dispositif” et accroître “la visibilité et la lisibilité” de nos institutions. Ce but pouvait apparaître louable mais force est de constater que la réalité est bien différente.

    Le système mis en place se caractérise par une mise en concurrence à tous les niveaux : entre les individus par les primes, entre individus et entre équipes par la multiplication des appels d’offre, en premier lieu de l’ANR, entre équipes et entre laboratoires par une notation délivrée par une agence qui n’a aucune structure de contrôle démocratique, entre laboratoires, entre universités et même entre régions par la dernière invention : les investissements d’avenir (ou grand emprunt). Si la communauté scientifique est habituée à l’émulation voire à la compétition, cette concurrence forcenée est totalement contre-productive, élimine la prise de risques et stérilise la créativité. De plus, le résultats net de cette politique est l’explosion de la précarité dans le milieu, d’autant plus importante que les entreprises embauchent peu de docteurs et pratiquement pas de post-docs.

    Au niveau des institutions les organismes, et en premier lieu le CNRS, ont été la cible de ce quinquennat. Les chercheurs ont été mis en cause directement par Nicolas Sarkozy sous forme d’un discours sans précédent dans sa virulence et son ton insultant vis-à-vis de la communauté scientifique.

    On peut se poser la question : pourquoi tant d’acharnement à détruire un système qui fonctionne et à enlever les moyens à un organisme original qui attire les meilleurs chercheurs de toute l’Europe? Peut-être à cause de la présence de chercheurs permanents donc peu sensibles aux pressions de toutes sortes, à cause de ses institutions démocratiques, en premier lieu le Comité National qui empêchent les petits arrangements entre amis que l’on voit fleurir localement avec la  constitution des IDEX ou enfin à cause de la lettre de mission du CNRS qui indique en premier lieu l’avancée des connaissances.

    Au lieu d’engluer la communauté scientifique dans des appels d’offre sans fin et qui ne donnent pas pour autant les moyens de travailler, il est urgent de rééquilibrer soutien de base et appels d’offre et de permettre aux chercheurs d’avoir du temps pour explorer des routes de traverse, loin des modes, et dont certaines conduiront plus surement à des développements économiques que la recherche conformiste financée par les appels d’offre.

    La communauté scientifique est fatiguée de plus de 10 ans d’attaques successives. Il est maintenant urgent de lui redonner les moyens de faire son travail :

    - en favorisant le soutien de base plutôt que les appels d’offre,

    - en favorisant l’emploi stable plutôt que la précarité, ce qui nécessitera un véritable plan pour l’emploi scientifique,

    - en soutenant un plan d’équipements sans lesquels aucune recherche n’est possible,

    - en remettant la science au cœur du dispositif, notamment en redonnant aux organismes les moyens de mener une politique scientifique,

    - en créant des partenariats équilibrés entre organismes et universités,

    - en simplifiant le paysage institutionnel, notamment en utilisant les structures démocratiques comme outils d’évaluation, en transformant les Idex en outils d’aménagement du territoire, en abandonnant les périmètres d’excellence et plus généralement cette politique dite “d’excellence” qui est contre-productive et conduit à l’isolement des individus.

    Ce dont a besoin la recherche pour remplir ses missions, c’est de temps et de liberté. Il faut à tous les niveaux substituer la coopération à la concurrence. C’est ce que j’attend d’une politique de gauche et pourquoi je soutiens le Front de Gauche.

     

    Bruno Chaudret